On Monte ! ~ [ Pv. Kuro R. ] [ NC-16 ]

♦ Académie Kura Akumu ♦

Kura-Akumu est, en apparence, un hôpital psychiatrique pour les jeunes. Mais ce n'est qu'une apparence. Sous la surface se cache un refuge pour des cas particuliers... Des humains possédant des dons.
 
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 On Monte ! ~ [ Pv. Kuro R. ] [ NC-16 ]

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Kageyama Shiro'
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MessageSujet: On Monte ! ~ [ Pv. Kuro R. ] [ NC-16 ]   Mer 9 Mar 2011 - 18:12



Il se passa un petit moment avant que les informations ne se rendent à son cerveau. Un instant, il sembla confus. Kuro était étrange. Nous étions là, tous les deux, en plein milieu d'une grande salle sombre, limite sordide, à peine éclairée par la vague lueur de quelques lampes dispersées. Dans ses bras, perchée de cette façon, je ne me sentais pas vraiment menacée. C'était comme si j'oubliais ses menaces, comme si plus rien ne comptait. J'avais peur, en fait, je me retenais pour ne pas fixer le sol qui semblait si loin. C'est qu'il était grand, Kuro Ryuzaki. Pourtant, je n'avais pas vraiment envie de redescendre, si ce n'était la gêne de cette brusque familiarité entre nous deux. Et ma fierté... Il n'y avait pas à dire, ces petites attentions que le jeune homme avait à mon égard étaient assez étranges, voire... intéressantes. Jamais quelqu'un n'avait été autant aux petits soins pour moi. Sans connaître Kuro, il m'était impossible de savoir si c'était un élan de sympathie envers moi ou s'il agissait comme cela avec tout le monde. J'avais envie de savoir... Mais pour l'instant, je me devais d'accomplir mon devoir.

En fait, peut-être était-ce un peu de culpabilité... Je ne lui dirais jamais, mais c'était un peu de sa faute si ma crise avait eu lieu. Une réaction comme celle-là n'avait pas de raison d'être sans stimuli extérieurs. C'était peut-être bien ma sensation d'abandon, celle qui, sans que je ne m'en sois rendue compte, m'avait prise au moment où il m'avait dépassée pour s'engager seul dans le couloir des ascenseurs. Mais probablement aussi la culpabilité que j'avais ressentie... Ma réaction l'avait choqué, réaction qui avait entraîné une autre action, puis une réaction, une autre action et finalement, ma crise. La faute était partagée, aucun n'avait de raison de se sentir plus coupable que l'autre. Enfin, ça, c'était mon avis, restait à savoir si c'était également celui de Ryuzaki, si notre situation me permettait de l'appeler ainsi... Après tout, jusqu'à maintenant, je l'avais considéré comme un parfait inconnu, mais avec cette soirée, je croyais que le terme qualifiant notre relation s'élevait à plus que cela. Le fait était que le jeune homme soupira.

« Soit, comme tu veux. »

Il me déposa avec délicatesse sur le sol. Dans un léger bruit, les talons de mes bottines atterrirent sur le sol. Je me retournai vers lui, toujours aussi rouge. Je pris le temps de replacer mes vêtements. Dans toute cette agitation, je devais être toute dépeignée et mes vêtements devaient être tout froissés. Sans doute avais-je piètre allure, mais cela ne changeait rien dans mon présent. Après tout, je ne pouvais pas m'arranger, alors autant passer par-dessus. Ce n'était pas comme si ça comptait à ses yeux... Mais quel était ce besoin soudain que j'éprouvais de bien paraître? Ah oui, j'avais toujours eu ce besoin, au fond de moi. Mais cette fois, c'était plus fort... Ce n'était pas ses commentaires négatifs qui me faisaient peur. Sans dire un mot, il se remit à marcher vers le couloir, comme si rien ne s'était passé. Son attitude m'intriguait. À un moment, il était prêt à me porter dans ses bras jusqu'à l'infirmerie sans savoir où elle était, et l'instant plus tard, il partait seul devant. Je le suivis sans protester non plus, j'étais toujours aussi fatiguée, sinon plus. Je ne me cachais pas que j'avais hâte de voir mon lit.

« Au fait, pourquoi étais-tu si en colère contre moi? » me demanda-t-il.

Il ne me laissa pas le temps de répondre, il ajouta :

« Ne te sens pas obligée de répondre. »

En fait, je n'aurais pas pu répondre. J'aurais voulu, ç'aurait été la moindre des courtoisies, mais ne sachant pas moi-même ce qui, exactement, m'avait révoltée, il me fut évident que je ne répondrais pas. Nous marchâmes, jusqu'à être devant les ascenseurs. C'est là que je me rendis compte de ma bêtise de lui dire que c'était au quatrième. J'étais bien perdue. La fatigue, le stress, la peur... Toutes ces émotions avaient transformé le fil de mes pensées en un gigantesque fouillis de n'importe quoi. Tandis que je réfléchissais, que je me morfondais et que je tentais de trouver quelque chose à répondre à Kuro, celui-ci appuya sur le bouton de l'ascenseur, puis attendit que la machine descende. J'étouffai un bâillement. Nous étions presque arrivés, ne resterait plus qu'un couloir lorsque nous serions arrivés en haut. Finalement, sortant de mon mutisme, je répondis à Kuro.

« J-Je vais te répondre franchement, je n'en ai aucune idée... » dis-je, mes mots laissant place à un silence pesant.

J'étais embarrassée de ne pas pouvoir lui répondre. Cela ne me ressemblait pas. Normalement, je trouvais une raison à tout, moi qui avais tant besoin de soutien. Je n'aimais déjà pas ne pas savoir quelque chose sur ce qui m'entourait, quelque chose de primordial, que pouvait-on imaginer si c'était sur moi-même que je ne connaissais pas une information? C'était dur de le dire, dur de rester là, à attendre, dans un silence presque de mort, que la cabine d'ascenseurs atteigne son point d'ancrage. Enfin, après un moment qui m'avait semblé durer une éternité, les portes s'ouvrirent et je m'engouffrai à l'intérieur de la cabine de taille raisonnable. Les cabines étaient assez modernes, leurs murs de bois parcourus de lignes métalliques. Il faut dire qu'elles avaient été rénovées il n'y avait pas si longtemps. À peine entrée, j'appuyai sur le bouton du deuxième, lequel s'alluma.

« Je me suis trompée, tout à l'heure... J-J'étais un peu à... à l'envers, » dis-je honteusement.

Naturellement, suivant mon réflexe habituel, mes mains se crispèrent sur le bas de mon chandail blanc, triturant nerveusement le tissu. Je fixai mes bottines, espérant diminuer la gêne que j'éprouvais à parler face à face à Ryuzaki.

« On monte au deuxième. »

Au même moment, je relevai un peu le regard vers lui. Les portes commençaient déjà à se refermer.

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« Je suis restée si longtemps prisonnière des ombres que maintenant, j'ai peur de la lumière... »

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Dernière édition par Kageyama Shiro' le Jeu 10 Mar 2011 - 22:17, édité 1 fois
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Kuro Ryuzaki
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MessageSujet: Re: On Monte ! ~ [ Pv. Kuro R. ] [ NC-16 ]   Mer 9 Mar 2011 - 22:08





Je n’ai jamais su expliquer pourquoi lorsqu’on attend quelque chose d’important, le temps semble durer une éternité. Au contraire, lorsque l’on s’amuse, on ne le voit plus passer. C’est exactement ce qui s’était produit aujourd’hui. Mon voyage de Chicago à Tokyo était une douce croisière, la bateau voguant paisiblement sur le Pacifique mais les plusieurs heures s’étaient écoulées plus vite que je ne l’imaginais. Par contre, tout ce qui venait de se passer, depuis les quartiers défavorisés jusqu’à ce moment où je me retrouvais devant cet ascenseur, moins de trois heures s’étaient écoulées pourtant j’avais l’impression qu’une journée venaient de passer. Et pour couronner le tout, l’élévateur jouait avec ma patience et mes nerfs. La flèche toujours en déplacement, à mi-chemin entre le quatrième et le cinquième étage, je commençais à perdre patience. Si j’avais prit les escaliers, je serais déjà arrivé me disais-au fond de moi. Mais bon, puisque j’étais là, autant y rester. J’entendais alors les bruits de talons de Shiro’ qui accourait derrière moi. Elle s’était finalement décidée à me suivre malgré tout ce qui venait de se passer, sûrement par curiosité. Je devais lui paraître étrange après tout, je le reconnaissais. Cette soirée avait été riche d’évènements, j’ai manqué de la tuer, je lui ai prit la main, j’ai failli me battre contre elle, je l’ai prise dans mes bras. Bref, je lui avais montré plusieurs images de moi et cela ne m’enchantais guère. J’avais une image à défendre, j’étais Savage, la bête des champs de bataille. Je ne pouvais pas paraître faible et sensible devant une gamine de seize ans.

« J-Je vais te répondre franchement, je n'en ai aucune idée... » affirma Shiro’ en brisant temporairement le silence.

Je n’en croyais pas un mot. On ne se mettait pas dans un tel état sans raison, sans doute qu’elle ne voulait pas me culpabiliser. Je savais pertinemment que c’était en partie ma faute, même si on pouvait dire que c’était mutuel. Je n’aimais pas le manque de sincérité, je ne comprenais pas cette manie de ne pas dire ou montrer ce que l’on pense des autres. Une fois que les autres découvrent ce que tu pensais d’eux tout en sachant que tu leurs avais caché tout cela, les réactions en devenaient pire. Je préférais être direct avec les autres même ci ceux-ci me détesteraient par la suite, je m’en fichais après. La solitude avait été ma compagne pendant mes vingt et une années de ma vie, et probablement pour le reste de ma vie.

« Je me suis trompée, tout à l'heure... J-J'étais un peu à... à l'envers, » ajoutait-elle mais je n’entendais plus rien.

Je n’entendis que le tintement singulier de l’ascenseur qui arrivait enfin à notre niveau et les portes s’ouvrirent lentement. Une fois de plus, je m’étais perdu dans les méandres de mon esprit. J’apercevais Shiro’ un bref instant, en train de s’engouffrer dans la petite cabine. Dans ma tête, le couloir s’était transformé en tranchées. J’avais en main un M-16 et je me retrouvais en plein désert, sur un champ de bataille nu de toute vie, de toute présence humaine. Au milieu de cet espace chaotique, l’ascenseur avait laissé place à un miroir. J’avançais vers ce dernier et en regardant attentivement dans la surface de verre et je ne me voyais pas, je voyais une bête, un fauve doté d’une crinière imposante noire ébène, les yeux gris comme l’acier et une allure imposante. Il dégageait une aura de violence et ses vêtements étaient faits de fourrures animales. C’était moi. Ou plutôt l’autre moi. Celui qui se terrait au fond de mon âme, prêt à surgir quand l’occasion se présenterait. C’est ce qui nous liait moi et Shiro’, un être sombre qui pouvait manipuler notre corps et prendre possession de nos cœurs si on ne luttait pas. Je n’avais aucune idée de la nature exacte de ce qui hantait la jeune fille, mais cela ne devait pas être très diffèrent de ce que je voyais dans ce miroir. Ce visage vil et agressif me souriait. D’un coup de poing, je brisais alors la glace froide et je vis son image finir en morceaux, sous mes pieds.

« On monte au deuxième. »

La voix de Shiro’ me réveillait de nouveau et je la vis rétrécir de mon champ de vision. Les portes étaient en train de se refermer et je me trouvais toujours devant la porte, sans bouger. J’aurais tout simplement pu mettre ma jambe ou elle aurait pu bloquer la porte, mais sans doute mes instincts basiques avaient prit le dessus. Pour la troisième fois, j’actionnais le mécanisme du M-ARM 178 et les deux lames se retrouvaient de nouveau hors de leurs fourreaux dans un bruit d’entrechoquement métalliques. Je brandissais alors mon bras et dans un geste aussi rapide que brusque, les lames vinrent s’interposer entre les deux parties de la porte d’ascenseur, bloquant ainsi sa fermeture. Le système automatisé fit ouvrir les portes et je constatais, sans vraiment être surprit car j’avais calculé mon coup, que les pointes des deux lames étaient une fois de plus à quelques centimètre du nez de la jeune fille. J’actionnais alors le contre mécanisme et les lames rentrèrent lentement dans leurs compartiments, le bras toujours tendu devant moi. Pour éviter que les portes se ferment encore sans moi, je m’engouffrais rapidement dans l’étroite cabine.

C’était une cabine peu ordinaire pour un hôpital, plutôt vieillot avec une touche de modernité. Les murs étaient faits en bois, d’assez bonne qualité. Quelques lignes métalliques parcouraient également les contours de l’intérieur. Le bouton correspondant au deuxième étage était allumé. J’appuyais alors sur celui qui fermait la porte. Pendant qu’elle se fermait lentement, je me tournais légèrement vers Shiro’.

« N’allions-nous pas au quatrième ? »

Je n’avais plus suivi le fil des évènements, je n’avais compris que nous n’allions plus à l’étage prévu. Me tendait-elle un piège ? Cela ne m’étonnerais plus, je m’attendais à tout dans ce monde de fou, alors une gamine de seize ans travaillant pour le gouvernement, ce serait un bon classique de film policier. De toutes les façons, j’étais déjà ici, reculer n’était plus envisageable. Je sentais alors la cabine qui commençait son ascension. Je n’aimais pas trop cette sensation. Je ne souffrais pas de vertige mais je n’étais pas à l’aise en avion, surtout lors des phases de décollage et d’atterrissage. Je ne savais pas quelle tête je faisais à ce moment-là, mais j’étais sûr que j’avais une mine assez tendue. Un silence gênant régnait dans la petite pièce. Je n’entendais que le bruit d’un frottement, la jeune fille jouant nerveusement avec le tissu de son chandail. Je jetais de temps à autre un bref regard vers elle, je la voyais fixer ses bottines et parfois nos regards se croisaient. Je détournais alors à chaque fois le regard. Je croisais alors les bras, m’adossait sur un des côtés de la cabine et regardait le plafond. L’éclairage n’était pas fameux, il faisait un peu sombre et l’ambiance devenait un peu intime. Encore heureux qu’il n’y avait pas de fond de musique comme dans les grands hôtels. Je me demandais alors si on n’était pas en train de monter au cinquantième étage. Le temps semblait s’être arrêté. Encore cette sensation désagréable. Mais je préférais attendre plutôt que d’ouvrir un autre sujet de discussion. C’est d’ailleurs à cause de ça qu’on a failli se battre, alors autant que je me taise et que je la laisse me guider. Je ne la regardais même plus, je me contentais d’attendre. Mon visage avait de nouveau prit un air froid et dur, le regard perçant et une respiration calme. ¸

L’ascenseur continuait toujours son éternelle montée, comme s’il ne voulait pas s’arrêter.
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MessageSujet: Re: On Monte ! ~ [ Pv. Kuro R. ] [ NC-16 ]   Jeu 10 Mar 2011 - 22:08



J'étais là, tout simplement, à attendre que Kuro se décide à me suivre entre les portes de la cabine. On aurait dit que, l'espace d'un instant, le temps s'était suspendu à ce moment, alors que les portes commençaient à se refermer sur moi. J'aurais pu tendre le bras, j'aurais pu l'arrêter. Seulement, le temps d'un souffle et j'entendis à nouveau le chuintement terrifiant de lames glissant dans leur fourreau, deux appendices meurtriers, se fit entendre à nouveau dans l'air. Kuro aurait pu simplement tendre la main. Mais pourtant, alors que je sentais un souffle près de mon visage, un instinct plus fort que ma volonté me dicta de fermer les yeux. Je reculai d'un pas, surprise. Lorsque j'ouvris les yeux, ce fut pour apercevoir à nouveau les deux lames si dangereuses encore une fois à quelques centimètres de mon visage. Le choc, la peur, ils me firent reculer au fond de la petite cabine. Les yeux grands ouverts, je fixais les longs morceaux de métal dont l'éclat brillait d'une lueur malsaine. Mon rythme cardiaque était monté en flèche tandis que, terrifiée, je n'avais rien d'autre à faire que de retenir mon souffle.

Que cherchait-il à faire? Le faisait-il exprès de se montrer aussi instable que cela? Encore là, comme dans cette ruelle, il était passé du simple intérêt à une agressivité qui ne semblait connaître de bornes en moins de quelques secondes. Était-ce ma faute? Et pourtant, c'était comme une montagne russe. D'abord, il me menaçait de mort, ensuite, il me prêtait son manteau et se sentait coupable de ma crise, il m'offrait même de me porter dans ses bras, puis il prenait à nouveau un malin plaisir à m'effrayer. Il serait déçu de voir qu'il lui faudrait remettre son arme dès le lendemain. Lentement, les deux bouts de métal acérés retournèrent dans leurs gaines, s'étant arrêté juste au bon endroit pour retarder la fermeture de l'ascenseur. Kuro s'engouffra alors dans la cabine tandis que je le suivais des yeux, méfiante et effrayée. Espérait-il me prouver ainsi qu'il méritait sa place parmi les Kowais? Qu'il n'était en réalité qu'une bête sanguinaire et associable? C'était à la fois dangereux et compliqué. Non seulement pour lui, mais pour moi qui, impuissante, ne saurait que faire si jamais il décidait de s'en prendre à moi. Devrais-je rejouer sur la corde de la pitié comme dans la ruelle ou cela ne fonctionnerait-il pas? J'avais peur.

La porte se referma lorsque Kuro appuya sur le bouton, puis il se retourna vers moi. Qu'allait-il faire, encore?

« N'allions-nous pas au quatrième? » me demanda-t-il.

Ah, c'était vrai. Je m'étais trompée, comme une cloche. Maintenant, il allait être encore plus suspicieux à mon égard. La sensation coutumière de l'ascenseur qui s'envolait vers le deuxième envahit mon corps. Une sensation désagréable qui, à chaque fois, me prenait à la gorge et me donnait mal à la tête. Pourtant, avec obstination, je m'étais servie de cette machine à chaque jour depuis mon arrivée à l'Académie. Peut-être était-ce un blocage mental, mais je n'aimais pas les escaliers. Ou alors, le souvenir de mon père qui m'y poussait exprès quand j'étais en retard pour l'école. Le nombre de fois où je m'étais fait mal, où je m'étais brisé jambes et bras, fait contusions et entorses, je m'étonnais parfois de pouvoir encore marcher. Cependant, en ce moment précis, je regrettais presque de ne pas avoir choisi la funeste cage d'escaliers. L'ambiance qui se créa entre nous deux tandis que la cabine commençait sa lente ascension avait tout pour effrayer un petit enfant. Je ne savais pas quoi dire dans cette atmosphère glaciale. Elle semblait ne pas vouloir se briser, comme une muraille infranchissable. Tandis que Kuro s'accotait sur une des parois, je ne parvenais pas à parler. C'était comme un rêve, un rêve qui était en même temps un affreux cauchemar. Il ne fallait pas se voiler la face; je risquais ma vie à chaque instant que je passais en sa compagnie. Et ce n'était pas seulement ce qu'il pouvait cacher dans son sac qui me faisait peur. Je le voyais bien me sauter à la gorge et m'étrangler, sous le coup de la colère, comme cette fois-là...

FLASH BACK ~~~~~~~~~~

La chaleur régnait dans la cuisine, malgré le froid à l'extérieur. Ici et là, quelques tubes halogènes éclairaient la pièce exiguë. Depuis plusieurs minutes, je m'activais, j'y virevoltais d'un côté à l'autre pour ramasser des ingrédients. Mon père, je croyais, dormait depuis un petit moment. Je me préparais une omelette. Enfin, son odeur emplissait la pièce, ça me faisait déjà saliver. Je n'étais pas une grande cuisinière, mais j'aimais me faire à manger. Je n'avais pas trop le choix, au fond. C'était soit ça, soit j'attendais que mon père me donne la permission, ce qui n'arriverait jamais. D'un geste désinvolte, je mis quelques bouteilles de bière abandonnées ci et là dans le bac à recyclage. C'était prêt, il ne me restait qu'à poser mon assiette sur le comptoir et à manger. Dans mon omelette, il n'y avait que des œufs, du lait, des champignons en canne et quelques morceaux de jambon. C'était tout ce que j'avais pu trouver. Je déposai mon assiette doucement sur le comptoir, une paire de baguettes à côté, éteignit le four et le ventilateur, puis alors que je me retournais pour me sortir un verre de lait, j'entendis du grabuge derrière moi. Ma mère? Non, elle travaillait. Mon père? Mon cœur stoppa l'espace d'un instant. Un grognement, une protestation. Puis une grosse voix.

« QU'EST-CE QUE TU FAISAIS, PETITE GARCE? TU ME VOLAIS DE LA NOURRITURE, C'EST ÇA?! »

Une main qui me prit par le bras, serrant comme un étau. J'avais mal, j'hurlais. C'était un autre de ces cauchemars. Brusquement, il me fit faire volte-face et me gifla. Du moins, c'est ce que je crus... Parce qu'il n'y avait pas à dire, tout ce que je sentis, c'est un grand coup dans mon visage, un coup qui me fit tournoyer, puis m'effondrer à plat ventre sur le sol. Puis, des coups de pied dans mes jambes. Chaque coup me faisait plus mal et causait des éraflures sur mon corps déjà meurtri. Mon père continuait à me hurler dessus, mais je ne l'écoutais plus, je ne le comprenais plus. Je commençais à voir flou, lorsque je sentis que les coups se rapprochaient de plus en plus de ma tête. Enfin, une grande douleur, un pic insupportable. Puis... le noir.


~~~~~~~~~~ FIN DU FLASH BACK


Je devais réagir et briser la glace. M'expliquer. Je pouvais voir derrière son silence obstiné les rouages de son cerveau qui travaillait. Je ne voulais pas en rester là. Après tout, il serait peut-être, voire probablement, dans ma section. Je ne demandais pas à tous mes membres de m'aimer, même de m'apprécier, mais je ne pouvais pas me permettre d'avoir un froid avec quelqu'un. Non seulement cela, mais en plus, je me sentais coupable. J'étais là, à attendre je ne savais trop quoi, que l'ascenseur arrête sa montée interminable vers le deuxième étage. Je fixais tour à tour mes bottines, l'indicateur du niveau de la cabine et Kuro, duquel je croisais le regard pour le détourner aussitôt, embarrassée. Je pris finalement mon courage à deux mains.

« J'étais stressée, je me suis trompée... Je sais que ça peut p-paraître s-suspect... M-Mais je t'en prie, ne ressort plus cette... cette arme, » dis-je.

Je regardai, méfiante, le gant métallique sur sa main. C'était horrible, comme machine. Je n'arrivais pas à croire qu'il ait pu réellement l'abreuver du sang d'autres humains. Ou même de bêtes... Innocents? Peut-être... Mais je préférais ne pas y penser, attendre que les portes s'ouvrent. Finalement, la sensation que nous montions sembla s'amenuiser, jusqu'à se renverser vers le bas et jusqu'à ce que je voie les portes s'ouvrir devant mes yeux. Il était temps.

.~*//.:. xXx .:. xXx .:. xXx .:. xXx .:. xXx .:.\\*~.


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