Il n’y avait pas à dire, l’Académie bruissait continuellement d’activité. Entre les tous les élèves, les professeurs, le personnel, il y avait rarement une minute de répit. Cependant, ce n’était pas une activité forcée, comme dans la prison d’où je venais…Il y avait des hauts et des bas, à Kura-Akumu, mais l’ambiance était tellement différente, plus détendue…La vie des gens de ce monde n’était pas rythmée par la peur d’être puni, frappé, parce qu’ils ne vont pas assez vite dans leur travail. Je me doute bien que tout n’est pas rose dans ce monde non plus, mais l’Académie était une bouffée d’air frais pour moi. Je découvrais des tas de nouvelles choses, sans avoir une épée de Damoclès continuellement suspendue au-dessus de ma tête. Bien entendu, je ne pourrais pas vivre cette vie si savoureuse le restant de mes jours, mais pour l’instant, j’en profite un maximum.
Des fois, je me demande si toutes ces personnes réalisent la chance qu’elles ont…Ils vivent une vie tellement luxueuse ! Ils mangent à leur faim, se lavent tous les jours, dorment dans un lit confortable, au chaud, et tout un tas d’autres privilèges que je n’osais même pas imaginer dans mon monde. Peut-être certains le savent-ils ? Combien d’enfants ont-ils été privés d’un foyer dans l’Académie ? J’avais du mal à réaliser, mais dans ce monde, avoir un don n’est pas une chance, au contraire. Les gens normaux rejettent ceux qui ont des pouvoirs. C’est tellement étrange…chez moi, pouvoir maîtriser l’élément de son peuple est une chance inestimable. Qu’on soit rejeté pour son don, c’est quelque chose que je ne peux pas concevoir. Tellement de choses me dépassent ! Après tout, je ne suis qu’une simple gamine, balancée sans filet dans un autre monde. Je n’ai qu’à me débrouiller pour apprendre toute seule.
Je pensais à tout cela, assise devant ma fenêtre, le menton entre les mains, fixant sans le voir le beau jardin de l’école. Tellement de questions se bousculaient dans ma tête, qu’elle menaçait d’exploser. Je regardais l’heure à mon réveil, il était tôt. En ce moment, tout le monde devait dormir, ou presque. C’était un des rares moments où l’Académie était quasiment silencieuse. Pour moi qui appréciait le calme, ces moments étaient très agréable.
Je décidais d’aller faire un tour, pour me changer les idées. A cette heure-ci, personne ne viendrait me déranger. Je me levais, enfilais des chaussures et sortis de ma chambre. J’errais tellement souvent dans l’Académie, toute seule, que je ne savais plus trop où aller, je connaissais cette école presque par cœur. Où allais-je aller ? Je laissais mes pas me porter sans trop réfléchir, avançant au rythme des couloirs qui jalonnaient ma route. Les couloirs étaient déserts, et tellement silencieux…J’entendais quelques petits oiseaux chanter dehors quand je passais près d’une fenêtre. Au fur et à mesure, je m’enfonçais dans l’Académie, sans m’en rendre compte, je me retrouvais dans les sous-sol, tout près des salles de classe. Ces pièces m’étaient inconnues, je n’y allais pas, je n’y avais pas ma place. Moi qui n’avais reçu aucune vraie éducation, comment pourrais-je suivre avec ceux qui étaient instruits depuis leur plus tendre enfance. Encore un luxe auquel je n’avais pas eu droit…
Timidement, je m’approchais d’une porte au hasard et l’ouvris. Comme de bien entendu, cette salle était déserte. J’examinais un instant le mobilier : un grand bureau et un fauteuil en bout de classe, sûrement pour le professeur, et des rangées de tables simples et de chaises pour les élèves. Dans un coin, une armoire métallique, et au mur, un grand panneau noir.
Puisque j’étais toute seule, je pouvais bien essayer, non ?
Me sentant un peu bête, je rentrais dans la salle et choisis une table un peu au milieu. Je tirais la chaise et m’y assis. Comme ça, je devais ressembler à n’importe quel élève, non ? Je savourais le calme, c’était étrange de me retrouver là, toute seule, mais c’était plutôt agréable.
Au bout d’un moment, j’entendis un bruit de pas. Dans le silence ambiant, difficile de ne pas l’entendre. Mais qui pouvait bien venir à cette heure ? Je me levais précipitamment et repoussais la chaise contre la table, comme si j’avais fait une bêtise.
Je m’apprêtais à sortir de la classe quand la porte s’ouvrit devant moi. Mon regard croisa les yeux écarlates d’une jeune fille de petite taille, aux longs cheveux noirs. Cette fille, je me souvenais d‘elle, je l’avais déjà vue une fois, alors que je venais tout juste d’arriver ici. Je ne connaissais pas son nom, mais son souvenir m’était désagréable, elle n’avait pas été très gentille.
Enfin, elle ne devait certainement pas se souvenir de moi, elle. J’hochais la tête à son attention, par politesse.
_ Bonjour.